Carole Chabat
Jennifer, Eva, Christelle, Sonia, et les autres

Vernissage le vendredi 15 avril à 18h30
Exposition du 16 avril au 15 juin 2005

« Il faut obliger les hommes à dire leur masculinité là où ils l’ont fait passer pour de l’humanité 1 »

Le lieu d’art contemporain cède ici la place au sport : le temps d’une exposition, les salles sont transformées en stade de foot, vestiaire, et tribunes. Carole Chabat nous place ainsi au cœur d’un espace symptomatique de notre société : un terrain de foot, haut lieu de la masculinité, est proposé en grandeur (presque) nature et... en dentelles. Décalée, cette approche du foot met en avant le peu de visibilité offerte aux femmes dans de nombreux domaines. Le stade de football, cet exutoire, symbole de la fierté nationale depuis les victoires de la France, n’accepte la femme qu’en tant que spectatrice. Les équipes féminines ne sont en effet jamais évoquées dans les magazines ou les émissions spécialisés en football. C’est d’une rencontre avec des footeuses qu’est né ce projet a priori antinomique de réaliser un terrain de football dont les cages, les traçages au sol, les t-shirts même sont réalisés en dentelles. Le stade devient raffiné, délicat. Il est hors norme et bien sûr hors-jeu. C’est avant tout le regard qui intéresse l’artiste, un regard marqué par le masculin dans lequel la femme est objet et ce dans les images de communication courantes comme dans les œuvres d’art. La situation de l’artiste est d’autant plus difficile qu’elle doit se dégager de ce regard et permettre aux spectateurs de le mettre aussi à distance. Les féminismes (nous croyons à la thèse qu’il y a plusieurs féminismes) se doivent de se positionner face à ce regard, à cette voie masculine. Et offrir d’autres choix sans pour autant marginaliser la femme comme on peut le faire pour les minorités.

1. Lisa Tickner in Féminisme, art et histoire de l’art, ensba, Paris, 1994

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