Céline Cléron
… et l’objet reprit ses esprits

La pratique de Céline Cléron est faite de détournements, de glissements sémantiques et visuels liés à une observation minutieuse du quotidien.
Elle chasse les esprits, dont elle flaire la trace dans les choses ; entre les esprits et les
choses, elle passe tout son temps. Dans sa rêverie, elle manipule images et objets pour les vider de leur fonction initiale et les faire surgir d’eux-mêmes. Les objets et les images qu’elle poursuit sont issus d’un
environnement familier immédiat même si bon nombre d’entre eux parlent au passé.

Céline Cléron, au travers des œuvres qu’elle présente pour la Halle, questionne le rapport étrange qui nous lie aux objets :

Elle métamorphose des mannequins de couturière incarnant l’individu et sa représentation en les animalisant avec ironie. La nouvelle corpulence accordée à l’objet tranche avec les proportions idéales présentées d’ordinaire par le mannequin.

A des bustes de bijouterie se retrouvent greffés de grands vases en terre cuite. Torses
bombés, ces Antiquités tardives jonchent le sol de l’espace d’exposition comme des corps fiers de leur nouvelle carrure et s'offrent au spectateur dans une frontalité dérangeante.

Ailleurs encore, un appât utilisé pour la chasse de gros gibiers devient par une étrange analogie, l’image inquiétante d’un jouet familier pour enfant.

A l’extérieur de la Halle, de curieuses boîtes sont accrochées sur les arbres balisant un
parcours qui mêle l’espace physique du jardin à celui d’un espace plus intime défini par le contenu des boîtes. Ces petites cellules que l’on ouvre et que l’on referme semblables à des parcelles de mémoire deviennent le seuil mental de la maison.

Parallèlement à son action sur les objets, Céline Cléron dessine, piratant l’imagerie de livres
pour enfants, celle de vieux dictionnaires et autres vignettes et tampons d’imprimerie.

© 2004 - LA HALLE DE PONT-EN-ROYANS