Céline Cléron
et lobjet reprit ses esprits
La pratique de Céline Cléron est faite de détournements, de glissements sémantiques et visuels liés à une observation minutieuse du quotidien.
Elle chasse les esprits, dont elle flaire la trace dans les choses ; entre les esprits et les
choses, elle passe tout son temps. Dans sa rêverie, elle manipule images et objets pour les vider de leur fonction initiale et les faire surgir deux-mêmes. Les objets et les images quelle poursuit sont issus dun
environnement familier immédiat même si bon nombre dentre eux parlent au passé.
Céline Cléron, au travers des uvres quelle présente pour la Halle, questionne le rapport étrange qui nous lie aux objets :
Elle métamorphose des mannequins de couturière incarnant lindividu et sa représentation en les animalisant avec ironie. La nouvelle corpulence accordée à lobjet tranche avec les proportions idéales présentées dordinaire par le mannequin.
A des bustes de bijouterie se retrouvent greffés de grands vases en terre cuite. Torses
bombés, ces Antiquités tardives jonchent le sol de lespace dexposition comme des corps fiers de leur nouvelle carrure et s'offrent au spectateur dans une frontalité dérangeante.
Ailleurs encore, un appât utilisé pour la chasse de gros gibiers devient par une étrange analogie, limage inquiétante dun jouet familier pour enfant.
A lextérieur de la Halle, de curieuses boîtes sont accrochées sur les arbres balisant un
parcours qui mêle lespace physique du jardin à celui dun espace plus intime défini par le contenu des boîtes. Ces petites cellules que lon ouvre et que lon referme semblables à des parcelles de mémoire deviennent le seuil mental de la maison.
Parallèlement à son action sur les objets, Céline Cléron dessine, piratant limagerie de livres
pour enfants, celle de vieux dictionnaires et autres vignettes et tampons dimprimerie.