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Charles Fréger
Portraits
Vernissage le vendredi 7 octobre à 18h30
Exposition du 8 octobre au 14 décembre 2005
La Halle de Pont-en-Royans tient sa spécificité dans cette double entrée qu'elle offre aux usagers : à la fois médiathèque et lieu d'art contemporain, elle ouvre le champ culturel.
Des résidences
Les résidences cumulées d’un photographe, Charles Fréger, et d’un auteur (Jean-Yves Loude), sur la question des ouvriers de Pont-en-Royans et des alentours, entre dans cette logique partenariale.
Il s’agit de donner la parole et l'image à ces ouvriers en invitant deux créateurs à rendre compte, à leurs manières, de cette parole et de cette présence.
Deux résidences leur permettront de prendre le temps des rencontres avec le lieu, l’histoire et le présent, avec les ouvriers d’hier et d’aujourd’hui.
Une exposition
Charles Fréger est un photographe du quotidien. Son travail présenté à la Halle, tout en frontalité, d'une efficacité redoutable, fera écho à la résidence dont la restitution sera plus tardive. Ainsi, les premières rencontres entre l’artiste et les ouvriers se feront parallèlement à la présentation, au sein du lieu d’art, d’œuvres antérieures de l’artiste.
Les deux séries photographiques présentées sont Bleus de travail (janvier 2002-mai 2003), des portraits d’élèves en lycées techniques, prêtée par le Frac Haute Normandie et Pattes Blanches (mai 2000), des portraits d’élèves en blouses blanches de l’école nationale d’industrie laitière de Poligny, prêtée par le Frac Franche Comté.
Lors du Vernissage Conférence le vendredi 7 octobre 2005, Charles Fréger parlera de l’ensemble de son travail et accompagnera son propos de la présentation de portfolios de la série 3741, les tabliers (décembre 1999) des portraits de travailleurs à la chaîne dans un atelier d’assemblage d’une usine.
Les résidences donneront lieu à une édition fin 2006.
Charles Fréger : un photographe du quotidien
CHARLES FRÉGER: PORTRAITS PHOTOGRAPHIQUES ET UNIFORMES
J’ai choisi la pratique du portrait photographique pour me confronter à la présence de l’autre”. Pour moi, il ne s’agit pas d’effectuer des portraits psychologiques - qui chercheraient à révéler une personnalité ou "pittoresques" - qui donneraient une image anecdotique des individus photographiés - mais bien plutôt d’aborder les personnes de l’extérieur, par leur inscription dans le champ social.
Je vais à la rencontre des gens sur le terrain, sur le lieu même de leur activité et, d’une certaine façon, je questionne leur "peau" sociale, c’est à-dire tout ce qui traduit leur appartenance à un groupe : gestes, tenues, costumes.
Je privilégie la période allant de l’enfance à l’entrée dans l’âge adulte, époque de fragilité et d’expériences où les transformations corporelles et la sensibilité à l’image de soi sont exacerbées en même temps que valorisées par la recherche d’un "look" et l’adhésion à un groupe social.
La socialisation des jeunes gens par le biais des lieux de formation, d’apprentissage sportifs ou de loisirs constituent ainsi un champ d’exploration privilégié où je peux mesurer les interactions de l’individuel et du collectif et confronter les sujets à leur apparence sociale. C’est dans ce sens que j’ai entrepris mes précédentes séries de Portraits photographiques et uniformes : Water-Polo, Majorettes, Pattes blanches, Liteau, Notre-Dame, Légionnaires ou Miss, réalisées dans des clubs sportifs, des écoles, l’armée.
Une part repérable de cette socialisation passe par l’uniforme, tenue adaptée à des activités précises mais surtout marque de reconnaissance d’une identité sociale. Mise en adéquation avec un décor - un fond choisi sur place pour évoquer l’univers où évolue les personnes photographiées - la série de portraits dresse alors un tableau qui éclaire les processus de socialisation, en jouant sur les ressemblances et les variations d’un sujet à l’autre.
La notion de série et le nombre d’images par série sont, avec les conditions de prises de vues et les choix de cadrage dans chaque série, déterminantes dans mon travail.
L’OBJECTIVITE DES APPARENCES
(…)Le photographe construit méthodiquement ses figures, mais il n’entame pas une typologie ; il ne cherche pas à saisir la miss, l’étudiant, l’apprenti… pas question pour lui d’épingler l’archétype ou la figure emblématique ; il laisse assez de jeu au modèle pour qu’il y glisse sa subjectivité, qu’il s’approprie son personnage… (…) Charles Fréger élimine de la scène tout décor inutile. L’économie des moyens employés révèle la détermination de son approche. Ses modèles sont pris en vision frontale, sans effet, devant un fond uni.
En revanche, à l’école d’industrie laitière, le photographe tire parti de ces surfaces carrelées, de cet appareillage de tuyaux et de cuves sur lequel il accroche les reflets. Sinon il ferme la perspective avec un mur plat. Les portraits sont toujours pris à l’intérieur, sous une lumière artificielle, égale. L’ombre est bannie, les êtres se dressent debout dans la transparence d’un air dont est évacuée la buée ou la poussière que produisent habituellement de tels lieux. Le geste, le regard, la pose, trahissent une attitude face à la vie. Pour que les individualités se manifestent, le photographe a su effacer les conventions. Il compose la scène et retrouve souvent des souvenirs picturaux. Les bras ballants rappellent ceux du Gilles de Watteau. Le registre coloré reste clair. Les Pattes blanches forment une symphonie immaculée, avec leurs grands tabliers, les matières différentes, coton, plastique qui absorbent différemment la lumière. Il y a peu de cadrages serrés sur la face car il s’agit de saisir le personnage avec son uniforme, quand bien même se limiterait-il à un bonnet de bain.
Extraits du texte de Philippe Arbaïzar
Conservateur à la Bibliothèque nationale de France
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