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Premier artiste intervenant dans le Vercors, Jean-Daniel Berclaz a été invité afin de porter l'interrogation sur les écarts (sinon les oppositions) qui peuvent exister entre une vision esthétisante soutenue par une conception souvent idéalisée de la nature, et le regard que des habitants posent sur leur environnement, regard nourri par des pratiques et des usages quotidiens. Son intervention, conçue selon le principe du Musée du point de vue qu'il développe depuis 1997 a donc été, à la différence de ces précédents opus, déterminée ici par les habitants de Léoncel. Ainsi le 12 août 2006, en l'espace d'une journée, il a mené quatre vernissages dans des lieux choisis chacun par un habitant du village. Ephémère par nature, cette performance allie une cartographie sensible et intime à l'instant festif et collectif. Par ailleurs, une exposition à la Halle de Pont-en-Royans comportait l’enregistrement des entretiens entre l'artiste et les habitants de Léoncel, des photographies de différents vernissages en Europe ainsi qu’une valise-kit de vernissage du Musée du point de vue.
Sophie Ristelhueber a été sollicitée pour questionner les conséquences provoquées par des aménagements successifs dans certains villages du Vercors où les multiples interventions dans des espaces considérés comme naturels, parfois vécues comme traumatisantes, peuvent parfois conduire à une perte de repère et de lien avec un espace autrefois familier. Cette artiste, dont on connaît le travail photographique attaché aux traces, aux cicatrices et aux stigmates produits dans le paysage à la suite d'interventions humaines, souvent lors de conflits, a choisi de réaliser un film. Intitulé Le chardon, il est guidé par un récit emprunté à Léon Tolstoï, lu par Michel Piccoli. Dans ce texte, prologue de son roman posthume Hadji Mourad, l'écrivain évoque sur le mode du souvenir la vitalité et la résistance de la nature face aux destructions provoquées par l'Homme. Avec des images fermées, sans échappée ni horizon, scrutatrices, Sophie Ristelhueber, filmant la matière au plus près, d'un traveling à l'autre, de la roche noire suintante des gorges du canyon des Ecouges aux motifs d'une route rapiécée (Départementale 218), expérimente les strates de perception d'un territoire aux identités mouvantes
La demande qui a été formulée à Bethan Huws visait une double articulation entre la vallée de l’Isère le long de la Départementale 1532 (ex. Nationale 532) et une installation à la Halle de Pont-en-Royans.
Dans cette zone en partie rurale en passe de devenir un espace pavillonaire périurbain, où se joue une forte mutation des usages, Bethan Huws a porté son attention sur les échanges, les liens tissés de la ville vers les villages avoisinants ainsi que ceux de la vallée vers le plateau situé en surplomb.
D'un long travail d'écoute, d'observation, émerge une proposition à deux facettes : l'implantation éphémère de textes in situ et la commande d'une enquête auprès des usagers qu'elle passe à une sociologue. Travail qui se complète de l'invitation qui lui est faite d'intervenir simultanément dans un espace d'exposition.
Soient trois phrases implantées en trois lieux visibles de la route : « on enlève ses chaussures pour traverser le ruisseau » en lettrage jaune sur un séchoir à noix à Cognin-les-Gorges, « la tondeuse est difficile à mettre en route » de couleur Bordeaux dans une parcelle entourée de noyers, à la Rivière et, « au fond du cerveau il y a une fontaine » en néon à proximité d'une fontaine à Izeron. Trois phrases appartenant à des registres différents, qui jouent des échanges et des interpénétrations de l'intime, du privé et de l'espace public, offrant une approche poétique attentive aux gestes les plus simples, souvent familiers.
En associant ces textes brefs, l'enquête sociologique (qui sera publiée ultérieurement au sein d’un ouvrage à paraître en 2008) et l'accumulation de photographies prises au cours de ses repérages qu'elle réunit à La Halle, Bethan Huws ouvre trois régimes de visibilité et active les liens entre image et langage. D'un même mouvement à plusieurs détentes, elle confronte nos usages et leurs représentations, elle interroge les déplacements entre espace public et espace privé, en en soulignant les glissements et les ramifications.
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