Patrice Mortier : la fabrique du réel
Extrait(s) du texte proposé par Marie de Brugerolle pour le catalogue Patrice Mortier, 2003
Les uvres récentes de Patrice Mortier, "peintes après la web-cam", induisent une approche du réel par le biais de sa fabrique.
Si la photographie a libéré le peintre du travail de l'imitation de la nature, la web-cam, et d'une manière plus générale les technologies d'enregistrement (vidéo) et de diffusion en temps réel des images captées en des points très éloignés, ouvrent de nouvelles relations au temps et à l'espace.
Paradoxalement, la brèche temporelle qu'opèrent les peintures de Patrice Mortier est de l'ordre du ralenti, d'un temps de fabrication qui s'oppose à celui de la production.
Comment et quoi peindre aujourd'hui?
Les tableaux de Patrice Mortier sont-ils encore des fenêtres, des écrans, des panneaux?
Sans nostalgie pour un "ça a été" de la peinture, il nous montre avec bonheur la pertinence de celle-ci aujourd'hui.
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Il y a donc une action des éléments de la peinture qui composent l'image et qui vont stimuler notre mémoire pour que nous reconnaissions des formes. C'est ce processus d'identification que pointe et met en jeu Patrice Mortier.
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Comme l'avait fait John Baldessari mais dans le registre du cinéma et de la photographie, Patrice Mortier met en cause la validité des images, notre confiance en la véracité de ce que nous voyons. Cette suspension du sens s'opère dans l'utilisation du pochoir pour former les mots. Ainsi "Media Plan Coolercan", Las vegas, MGM Grand Hotel", "Aboutagirl.com", "Ksexradio.com", quittent leur statut froid de noms de sites ou de logos et sont investis d'une touche "personnalisée". Ils deviennent des "portraits de mots", alors que les scènes, fond d'images, perdent le lisse photographique et distancé de l'écran pour devenir, selon la proximité du spectateur, images reconnaissables ou paysages.
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Or, et c'est en partie ce que démontre le travail de Patrice Mortier, l'opacité de la vie des autres est tenace parce qu'il ne se passe pas grand chose de plus, le non-événement conditionne le quotidien. Quant à la globalisation, son risque est dans l'image globale, non fragmentée. Nous sommes responsables de la forme que prendra le mythe moderne, des couleurs qu'il aura. A nous de nous déterminer parmi les propositions qui nous sont faites : scène de lutte ? Salle d'attente lieu de rencontre ?
De même que Patrice Mortier opère un geste créateur en attribuant des teintes arbitraires à ses uvres, le spectateur choisi et ordonne les strates d'information pour composer sa propre fiction. Ainsi il nous invite à transformer une médiation passive, devant l'écran, en une mise en espace réel d'un type particulier de vision: la vision périphérique.
Hors champ, hors image, hors lieu, un temps "entre deux".
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