Jean-Marc Voillot

C’est un été faste pour le plasticien Jean-Marc Voillot. Il présente, en effet, des installations sur un large territoire de la Drôme et de l’Isère et se joue des cadres en proposant certaines œuvres dans des lieux culturels traditionnels ( l’Espace visitation et la Halle) et d’autres dans des lieux insolites comme une ferme au cœur du Vercors.
Les installations de Jean-Marc Voillot aiguisent les sens, provoquent un arrêt intérieur. Cette idée du temps se décline tout au long de la création : temps de la résidence, temps de la réalisation, temps de la rencontre et de la durée de l’œuvre. Ses travaux sont des fenêtres ouvertes, parfois paysagères soulignant alors un point de vue, parfois plus intérieures, avec des références aux rites de passages par exemple. Souvent en trois éléments, chiffre universel, ses œuvres donnent à réfléchir et amènent à regarder aux alentours. C’est ainsi que sa dernière installation extérieure dans le cadre des Fermades (une manifestation liant art et agriculture dans le Vercors) s’inspire d’un lieu fermier fort en relation avec un départ de delta planes. Sa connivence avec les éléments de la nature, et sa facilité de contact en font un artiste de terrain, dont les œuvres s’ancrent sur un territoire donné.

C’est alors au spectateur de choisir sa posture ; ses points de vue. Car il y a du faux dans l’immédiatement lisible : des objets identiques se révèlent être, par exemple, de plus en plus petits. Le spectateur se retrouve alors au cœur même de la perspective tel le personnage d’un tableau. Et la ligne de fuite, chère aux classiques, finira peut-être par révéler ce qu’il y a après le point de fuite. Parfois comme c’est le cas dans la ferme à Autrans avec l’installation Les trois Herbages, un élément supplémentaire (là un promontoire) permet au spectateur de découvrir un point de vue inédit. Il s’agit aussi de donner la possibilité de voir de la même manière qu’un delta planiste. Mais cette vue plongeante est-elle réelle puisqu’elle nécessite un appendice. A chaque fois le spectateur se trouve confronté à ses choix (monter ou ne pas monter, choisir un point de vue ou se déplacer).

Cet artiste architecture les espaces naturels. Il signifie un lieu, lui redonne du sens et met en exergue. Ses installations intérieures sont des échos à l’extérieur. Les pots de terre amènent l’idée d’un concentré de jardins privés occupant un espace public et renvoyant à la nature proche. Le Carré conservatoire présenté à la Halle redonne ainsi aux essences locales un nouveau statut.


Neva et Jacky Gotthilf

Depuis des années, nous approfondissons un travail de recherche sur des espaces délimités : îles, îlots culturels, géographiques, sociaux, ayant un fonctionnement propre et entretenant des échanges avec leur environnement. C’est la découverte de l’incidence de ces échanges sur leur entropie qui définit nos interventions monumentales, nos installations in situ, nos manœuvres, nos performances : témoins visibles d’actions in-visibles.
Nous agissons souvent dans un environnement naturel, mais on ne saurait parler de land art à la manière des interventions où la nature est travaillée, sculptée, « in-formée ». De plus il y a un refus avoué d’œuvrer avec des matériaux vernaculaires, il y aurait d’emblée une altération du site lui-même ; c’est pourquoi nous avons fait le choix d’introduire des matériaux issus de la technologie contemporaine qui doivent obéir à un impératif qui est celui de respecter l’intégrité du lieu.
En fait nous n’intervenons pas que dans la nature, nous réalisons aussi des interventions monumentales, des installations in situ sur des sites urbains, des friches industrielles, à l’intérieur de divers types d’architectures. Nous procédons par le biais de la rencontre individuelle, à l’échelle humaine, à la grandeur de la ville sous forme de manœuvres, de performances au cours desquelles l’individu, le citoyen est invité à participer au processus de l’œuvre, ceci au cours d’événements publics en arts visuels, de manifestations portant sur l’art public et l’art en public et aussi pendant le temps de la résidence d’artiste en France ou à l’étranger.
« S’ils travaillent avec le temps, Neva-Gotthilf ne travaillent pas sur le temps. Et paradoxalement, bien qu’ils aient choisi de travailler in situ afin de réintégrer la vie quotidienne, ils n’œuvrent pas non plus dans le temps. En effet, le temps de leurs interventions se présente avant tout comme un temps d’arrêt inscrit telle une parenthèse dans la régularité du quotidien. Leur intervention suspend un moment le flot imperturbable des heures et s’effectue dans un temps parallèle qui s’introduit alors comme instant de poésie dans l’interstice que crée leur passage. Leur mode d’intervention a donc ceci de particulier qu’il tient en quelque sorte d’une visitation. »
Pierre RINGUETTE, “Neva-Gotthilf : oiseaux de passage”, in Temporalité, Catalogue, 2000.

© 2005 - LA HALLE DE PONT-EN-ROYANS